Point trop n'en faut

dictionnaire égotique de littérature et textes... par Gaëlle. //

11 mars 2009

Haschich, subst. masc.

Les écrivains sont tous des drogués : voila l'exclamation préférée des élèves dès que vous leur parlez de Rimbaud et de sa "lettre du voyant" ou encore de Baudelaire et des Paradis Artificiels. Et en un sens, ils n'ont pas forcément tort.
L' idée de l'artiste halluciné ne date pas d'hier, mais le XIXème siècle a vu l'expansion ou du moins la plus grande mise en lumière de la chose... Quel intérêt pour un auteur que cette addiction ? Celle très répandue en littérature que le poète inspiré par la fureur doit voir plus loin et mieux que les autres. La drogue, l'alcool ont ce pouvoir chimique de transformer les sens et leurs perceptions: forcément après quelques verres, on voit les choses différemment... D'ailleurs Baudelaire était-il vraiment alcoolique ? Apparemment non. Alors pourquoi en parler autant ? Dans le poème CIV des Fleurs du mal "l'âme du vin" il écrit:

« En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »

Réelle inspiration ou tout simplement métaphore du vin pour la poésie ?   Evidemment, ce n'est pas en s'imbibant que Baudelaire a pu pondre ses poèmes, encore moins en buvant son café au haschich... Non, s'il faut être ivre, c'est avant tout de la  vie elle-même et de poésie.
Mais dans une classe, vous n'enlèverez pas l'image de Baudelaire boudeur, un litron à la main et pétard au bec. Alors pourquoi tant de fascination pour ces auteurs ayant frayés avec l'addiction? Peut-être pour préserver un sens positif à ce qu'on nomme désormais maladies: alcoolisme et dépendance.
Les auteurs du 19ème frimaient peut-être un peu, quittes à être maudits autant être un "Vilain Bonhomme" et revendiquer haut et fort ces addictions. Mais on imagine bien que  comme tout homme ou femme, ces auteurs, dépendants ou non, n'en étaient pas vraiment fiers.
Plus intéressants sont les cas des auteurs du XXème qui ont  réellement vu dans la drogue une initiative à l'écriture: Huxley par exemple dont Les portes de la perception, en plein courant idéaliste des sixties a creusé le filon entrouvert par Rimbaud et consorts, à leurs dépends sans doute...
La drogue et l'alcool sont et restent à coup sûr de bons sujets d'écriture : expérience, dépendance, évasion, autant de mots qui font écho au lecteur du XXème et du XXIème catapulté dans un monde "choquant". Mais à la fin ou au début du Festin nu de Burroughs, de misérable miracle de Michaux, un goût amer reste dans la bouche, celui de la conscience de l'auteur de sa propre addiction.

Comme le dit Michaux, "Les drogues nous ennuient avec leur paradis, qu'elles nous donnent plutôt un peu de savoir" et Cocteau, qui dans son Livre blanc expose ses dé-boires avec l'opium, surenchérit :"L'opium dégage l'esprit. Jamais il ne rend spirituel".

Drogue ou alcool, la question en littérature n'est pas de savoir si elle est utile ou non, la question reste celle de l'expérience relatée, en attendant les élèves verront Rimbaud comme un rasta et Verlaine comme un pilier de comptoir (qu'il était). Où est le mal ?

Baudelaire, Les Paradis artificiels, Les Fleurs du mal, Rimbaud, Illuminations,Michaux, Misérable miracle, Cocteau, Livre Blanc, Burroughs, Le festin nu, Verlaine, Poèmes saturniens, Aldous Huxley, Les portes de la perception.

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Posté par gaelleP à 19:23 - H comme Haschich - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires

  • ça assure ! bravo !
    (...ton lien vers chez moi marche pas ! bou hou !)
    bisous !

    Posté par François B, 11 mars 2009 à 21:52
  • Il a raison !

    L'ami Urbi et Orbi me conseille à l'instant de visiter votre blog.
    Il a raison, il a bien fait !

    Posté par PPle Moqueur, 12 mars 2009 à 00:31
  • Il y a moins de "drogué" chez les auteurs que chez les élèves! Hi!hi! Donc ils n'ont AUCUNE EXCUSE à ne pas être des génies!
    D'autre part,onpeut aussi penser à tous les auteurs,artistes qui ne furent pas drogué ou alcooliques! L'image est romantique mais la plupart ont essayé quand ce fut à la mode et ont laissé tomber! Mais l'idéologie bourgeoise a besoin de ce cliché! LE géniedoit se teinter de névrose,ce que Flaubert a vilipendé!
    Et Michaux nous a bien précisé que le délire d'un imbécile est un délire imbécile!

    Posté par orlando, 12 mars 2009 à 01:24
  • Rimbaud drogué?
    n tout cas votreblog est épatant!

    Posté par orlando, 12 mars 2009 à 01:24
  • Heureusement...

    Si la dope rendait génial,le monde serait peuplé de génies et ce serait insupportable...

    Posté par PPle Moqueur, 13 mars 2009 à 23:20
  • Tous les élèves seraient des génies, plus besoin de profs, remède efficace à la crise de l'école !

    Posté par gaelle, 15 mars 2009 à 16:32

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