Point trop n'en faut

dictionnaire égotique de littérature et textes... par Gaëlle. //

17 mars 2009

Ami, subst. masc

L'utilisation du mot ami est souvent exceptionnelle. Plutôt que le pote ou le copain, l'ami est une personne que l'on connaît: notre "ami" Gourcuff disait il y a peu dans une retransmission de foot un commentateur. Gourcuff n'est cependant mon ami, même si en tant que femme cela ne me dérangerait pas... L'ami est pourtant le compagnon le plus proche de nous, on les compte sur les doigts d'une main dit le proverbe. Mais à en croire la sagesse populaire nous sommes entourés d'amis. L'ami Obama disait l'autre jour dans le Monde un chroniqueur. Pourquoi ce mot, pourtant rare et précieux est tant galvaudé ?  Aristote disait "ce n'est pas un ami que l'ami de tout le monde" dans L'éthique, comme quoi les commentateurs sportifs n'ont rien inventé...  Et Pythagore de rajouter qu'"un ami c'est un autre moi". Donc c'est dans le reflet de soi-même que l'on trouve un ami. C'est un peu des foutaises et en même temps pas tellement. On se lie plus facilement d'amitié avec des personnes qui partagent avec nous des centres d'intérêt mais heureusement qu'un ami n'est pas un autre moi ! On s'emmerderait un peu.

L'amitié en littérature est souvent hypocrite, trahison et déception ... L'ami n'est pas toujours véritable, en tous cas on rencontre peu de textes où une amitié est partagée à la façon de la vie courante. Peu de pages contenant des blagues potaches et des soirées arrosées à la liqueur de café dans les romans...  L'exemple de vraie amitié que je garde en tête, c'est celle du Vieux qui lisait des romans d'amour  de Sepulveda. Je ne parlerai pas d'Anna Gavalda et de son Ensemble, c'est tout qui m'a prodigieusement agacé.

C'est peut-être dans le souvenir ou la séparation que le mot ami prend son plus grand sens et que la description d'une amitié prend tout son sens. La lecture de Autoportrait  de Man Ray est très émouvante lorsque celui-ci fait le récit de ses amitiés, tout comme celle de si c'est un homme de Primo Levi. C'est dans la douleur peut-être que l'on se rappelle qui compte ou comptait.

Le philosophe Ming-Dao Deng nous rassure tous : "Ceux qui se connaissent vraiment n'ont pas besoin de correspondre.
Lorsqu'ils se rencontrent à nouveau après plusieurs années leur amitié est restée intacte.", le message est passé, j'en suis sûre.

Le vieux qui lisait des romans d'amour, Sepulveda, 1992

Autoportrait, Man Ray, 1963

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Posté par gaelleP à 20:51 - A comme Amour - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

  • coucou
    Je découvre, et j'adore!!
    Continue comme ça

    Posté par Julie, 18 mars 2009 à 09:47
  • merci pour les encouragements ! J'espère que tout va à l'autre bout de la France.

    Posté par gaelle, 18 mars 2009 à 18:39
  • euphémisme(s)

    Ami, amie.
    Les variantes sont multiples et progressives
    - C'est untel et son amie
    - C'est unetelle et son ami
    jusque là ça va...on a compris, ils sont amants, c'est limite, mais ce n'est pas indicible.
    - C'est untel et son ami
    - C'est unetelle et son amie
    là ça se corse un peu, dès qu'il s'agit, comme on disait autrefois de "l'amour qui n'ose pas dire son nom..."

    Posté par PPle Moqueur, 18 mars 2009 à 19:57

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