Point trop n'en faut

dictionnaire égotique de littérature et textes... par Gaëlle. //

22 mars 2009

érotisme, subst. masc.

La littérature érotique contient des merveilles de mauvais goût. Le plus célèbre auteur de ce genre est Le Divin Marquis, qui nous gratifie de sa Justine depuis la Bastille. Ces pages sont d'une écriture approximative et la qualité littéraire est à discuter. Le seul mérite de Sade est de pousser le vice au plus proche de l'ignoble et seul Apollinaire dans Les onze mille verges saura le dépasser. La littérature érotique a connu un succès grandissant vers les années 2000, le rayon de la Fnac en témoigne : de nouvelles collections ont vu le jour et peu à peu la littérature "érotique" a migré des ses présentoirs sous la table jusqu'au têtes de gondole (le piteux La vie sexuelle de Catherine M de Catherine Millet et l'un peu moins piteux Baise-moi  de Virginie Despentes). Mais la littérature sulfureuse n'a pas attendu les coups de marketting du XXIème siècle.

Il faut différencier entre littérature érotque et littérature pornographique, libertine, licencieuse, grivoise ... tant de termes pour dire littérature de cul.

L'érotisme est plus léger, se lit entre les lignes, même si Paul Loup Sulitzer considère que "il n'y arien de plus érotique qu'une tablette à fort pourcentage de cacao", on se réservera le droit de lui préférer Sappho et Louise Labbé qui ont traité toutes deux des sentiments de l'amour:

Je vis, je meurs; je me brûle et me noie ;Theodor_Matham_Galante_Szene
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.  disait Louise Labbé au XVIème siècle.

La tirade de Phèdre, folle d'amour pour Hyppolite est aussi un monument érotique.

Côté pornographie, on pourra lire Les ballades en jargon de Villon (édité aux 1001 nuits) et poursuivre avec les poèmes de Verlaine Elles et Hombres.

Le roman libertin a eu ses grandes heures au XVIIIème, où l'inventivité des auteurs n'avait d'égal que les interdictions morales du siècle : mais tout cela conduit à l'intense et ridicule Philosophie dans le boudoir où le concept d'excitation a disparu, le jardinier vérolé et ses acolytes n'ont que la cruauté. 

Au XXième on a cru à une libération par l'écriture et Anaïs Nin s'est mise à écrire : "l'érotisme est une des bases  de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie" Son chien Danois, expert poétique a du bien la connaître. Peut-être a-t-il écrit lui-même le bouquin Venus Erotica ?

la pornographie en littérature est souvent merdique et pour une fois je serais d'accord avec Houellebecq :" la littérature  érotique pêche souvent par un excès de métaphores ridicules". L'attrait de la littérature grivoise c'est son comique, soit parce qu'il est voulu soit parce qu'il cherche justement a être évité.

Le roman libertin le plus drôle : Eros à l'infini, de Dominique Verseau, apparemment introuvable et recherché, trouvé sur le parking d'Emmaüs il y a quelques années où comment concilier Science-fition et petits hommes verts à tentacules et l'héritage du Marquis de Sade.

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Posté par gaelleP à 11:35 - E comme édifiant - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Vaste sujet vaste débat !

    Erotisme, pornographie... Pendant longtemps , pour provoquer, je disais que "la pornographie, c'est l'érotisme des autres...". En vous lisant je me dis que ça reste un peu vrai. Mais néanmoins je me pose aussi la question qui me paraît de plus en plus essentielle : avant de répondre, après l'avoir posée, à la question " qu'est-ce", on devrait se poser la question, " à quoi ça sert". Les mecs honnêtes vous diront " à me faire bander". Les femmes honnêtes ne diront rien, non je déconne, elles vous diront la même chose mais d'une manière différente, l'organisme, ma bonne amie, l'organisme !

    Après, c'est une question qui relève depuis longtemps d'une forme d'intrusion masquée de la morale dans le domaine du prétendu vice, comme si c'en était un. L'érotisme serait avouable car il se pare de vertus artistiques, quand la pornographie pataugerait dans le sordide.

    Tout se trouve entre Jean-Jacques et ses premiers émois et les délires de son quasi contemporain Donatien.

    Le génie de Sade n'a rien avoir avec son sujet de prédilection mais dans la manière dont il travaille la langue française. Il rend ce qu'on va appeler l'érotisme (en raison de son essence littéraire) subversif parce que son époque le demande... Mais, il n'y a rien de plus anti-bandant que Sade. Pasolini l'avait compris qui en l'adaptant finalement assez fidèlement dans "Salo" avait réglé la question en traitant le sujet par le truchement de la très utile "Obscènité" qui permet d'intégrer la donnée politique... Vous voulez du prétendu érotisme ? dit-il en substance, et bien je vais vous montrer ce que cette imposture érotique peut cacher quand elle devient le jouet de gens de pouvoir ...

    Le seul au bout du compte qui à réussi son coup, n'est pas un écrivain... C'est Courbet, avec l'"Origine du Monde". Le diplomate turc qui la lui avait commandée recherchait sans doute une image pornographique puisqu'il fit faire un cache pour ne le montrer qu'à certains. Lacan qui s'en rendit acquéreur et ne le montra pas plus, devait sans doute le taxer d'érotique. Et comme Courbet était génial et le tableau merveilleux, ils eurent raison l'un et l'autre...

    Ah ! Eros et Thanatos, les Laurel et Hardy de la partie de jambe en l'air...
    Le coup de génie de Courbet c'est d'avoir éjecté Thanatos hors du cadre...

    Bon,j'arrête... Il y a un film de cul sur... Mais non, comme toujours, je déconne !

    Posté par PPle Moqueur, 22 mars 2009 à 23:33
  • Ah, j'oubliais !

    Bien sûr, j'y re-pense à l'instant

    "L'Histoire de L'oeil" du Divin Bataille ,

    y a pas que le Marquis qui le fut !

    Posté par PPle Moqueur, 23 mars 2009 à 20:46
  • Et bien sûr, ce soir j'ai l'esprit de l'escalier...

    "Madame Edwarda..."
    texte qui tout autant que l'Histoire de l'oeil" résolument pornographique est d'une drôlerie indicible...

    Posté par PPle Moqueur, 23 mars 2009 à 20:51

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