Point trop n'en faut

dictionnaire égotique de littérature et textes... par Gaëlle. //

28 mars 2009

Souvenir, subst. masc.

La littérature est toute prête à nous ramener des souvenirs à la gueule, pour moi il y a trois bouquins qui ne peuvent être lus sans ramener des fantômes du passé et pas toujours les plus agréables : Les Chimères de Nerval, Miso soup  de Murakami et Le roi lune d'Apollinaire: que ce soit à 15, 17 ou 20 ans, certaines lectures vous marquent ou plutôt cristallisent des évènements et vous empêchent même parfois de retoucher un livre. C'est peut-être Hugo qui m'analysera le mieux dans Les contemplations : "comme le souvenir est voisin du remord !". Bref, passons.

"Ecrire, c'est se souvenir, Lire, c'est se souvenir", c'est Mauriac qui nous dit ça, ça tombe mal pour lui car le seul souvenir que je garde de ses Mémoires c'est la photo de couverture qui me remémore Mitterand. Mais il y a des lectures qui incitent au souvenir : Proust évidemment dont je ne peux lire trois pages sans me rappeler à mon tour de mon enfance : les poules au fond du jardin et le chemin du coteau. Quand je lis ou relis un extrait de Zola, c'est la chaleur écrasante de ma chambre  qui me revient, alors que la lecture de René  ne me fait penser qu'aux heures de bûches du Capes. Parfois, c'est aussi un souvenir inventé qui me revient, ressentir les pages d'un livre comme si ses évènements vous étaient réellement arrivés : Les filles du feu  de Nerval ou pire Une saison en enfer  de Rimbaud.

Les livres de souvenir sont souvent captivants, mais leur lecture est parfois éprouvante, entrer dans les souvenirs des autres créent forcément des souvenirs et c'est un peu, lorsque un  auteur partage ses souvenirs, comme si ils devenaient nôtres. Le flâneur des deux rives, Apollinaire, livre un peu pédant mais léger comme une péniche sur la Seine, les vieilles collections des écrivains "par lui-même" (Editions Ecrivains de toujours) ou encore les correspondances : autant de moments de littérature à moitié qui nous replongent dans le passé d'un autre, tout comme dans le nôtre.

Dans Fictions il y a cette phrase de Borgès qui clôt le débat et rappelle que tout cela n'est que fiction, souvenir, création, lecture, espoir, que nos souvenirs ne sont que la matière de réactions chimiques : "Le présent est indéfini, le futur n'a de réalité qu'en tant qu'espoir présent, le passé n'a de réalité qu'en tant que souvenir présent". Peut-être une bonne illustration du roman La modification de Butor.

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Posté par gaelleP à 10:37 - S comme Souvenir - Commentaires [0] - Permalien [#]
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