Point trop n'en faut

dictionnaire égotique de littérature et textes... par Gaëlle. //

03 avril 2009

Apollinaire, aut. polonais puis français

Le nom originel de Guillaume Apollinaire en impose bien plus que son pseudonyme : Wilhem Albert WlodzimierzWlodzimierz ApollinarisApollinaris Was-KostrowickiWas-Kostrowicki. En société ça fait son effet. Le visage que l'on conserve de l'homme semble plutôt jovial, un air débonnaire plus proche de Bourvil que du triste ladre Baudelaire. Pourtant la vie de Guillaume n'a pas toujours été souriante : cet homme n'a pas eu de bol ou bien s'est plu à nous le faire croire.

Né de père inconnu à Rome, fils d"une noble polonaise en déroute, Apollinaire passe son enfance à Nice. En 1899 il passe l'été à Stavelot : il y rencontre Marie qu'il immortalisera dans ces contes de L'Hérésiarque et Cie. Mais Guillaume n'est pas un tombeur et Marie en préfère un autre. Ce voyage se clôt sur une fuite, Apollinaire et son frère n'ont pas de quoi payer et se sauvent de l'hôtel. Bien moins glorieux qu'un Rimbaud.

Alors que Apollinaire commence et s'acharnera à écrire des romans "érotiques" ( en 1900, Mirely ou le petit trou pas cher, la qualité du roman est à l'image du titre...) il part comme précepteur en Allemagne : là-bas il rencontre Annie Playden l'anglaise qui elle non plus ne cèdera pas aux avances de notre "Apollon". Un peu frustré, il rédige La chanson du mal-aimé après avoir tenté de suivre son amour en Angleterre... sans succès. Et quand Apollinaire est repoussé, il a la fâcheuse tendance d'en jeter plein la gueule aux jeunes femmes en question : Au tournant d'une rue brûlant/ De tous les feux de ses façades/ Plaies du brouillard sanguinolent/ Où se lamentaient les façades / Une femme lui ressemblant /      / C'était son regard d'inhumaine/ La cicatrice à son cou nu  / Sortit saoule d'une taverne / Au moment où je reconnus / La fausseté de l'amour même" (La chanson du Mal-aimé, première partie) Prends ça dans les dents Annie. Mais bonne pâte, notre bonhomme se rattrape dans le poème Annie, toujours dans Alcools où il imagine sa douce aux USA. (à lire ici )

Mais comme le dit l'épigramme de La Chanson  : "d'un beau Phénix s'il meurt un soir / Le matin voit sa renaissance". A cette époque Guillaume s'entoure d'amis pour lui taper sur l'épaule : Picasso , Braque, Derain, VlaminckVlaminck, le Douanier Rousseau ... et en 1907 rencontre Marie Laurencin. Mais la poisse le suit : en 1911 il est emprisonné à tort à la prison de la Santé pour le vol de statuettes au Louvre, c'est en fait un de ses amis le coupable. Mais Guillaume, toujours prêt à compatir avec lui-même nous livre une section de six poèmes A la Santé  sur sa dure expérience de la prison qui rappelons-lerappelons-le dura... une semaine. extrait :

"           Avant d'entrer dans ma cellule  / Il a fallu me mettre nu /  Et quelle voix sinistre ulule /   Guillaume qu'es-tu devenu

            Le Lazare entrant dans la tombe / Au lieu d'en sortir comme il fit / Adieu adieu chantante ronde / O mes années ô jeunes filles  »

Adieu jeunes filles !  En effet, l'année suivante Marie Laurencin le quitte. Pendant la guerre il sera le jouet de Lou ( Louise Chatillon de Coligny) et décrira le ménage à trois de la jeune femme qui hésite entre Toutou et Guillaume, d' où Les poèmes à Lou , peut-être son meilleur recueil. Apollinaire se complaît et se plaint un moment de cette relation avant de rencontrer dans un train Madeleine la corse qu'il veut épouser et puis non. Enfin, en été 1918 il rencontre La jolie rousse Jacqueline. C'est enfin l'amour mais manque de pot, après s'être pris un obus dans la tête (sa Minerve étoilée) il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918,  juste après son mariage et deux jours avant l'armistice de la guerre qu'il avait décrit dans Calligrammes.

Sur sa tombe on peut lire :

Habituez vous comme moi

A ces prodiges que j’annonce
A la bonté qui va régner
A la souffrance que j’endure
Et vous connaîtrez l’avenir

Un encouragement pour tous les poisseux poètes

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Posté par gaelleP à 21:02 - A comme Amour - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • L'adieu du cavalier

    L'adieu du cavalier

    Ah Dieu ! que la guerre est jolie
    Avec ses chants ses longs loisirs
    Cette bague je l'ai polie
    Le vent se mêle à vos soupirs

    Adieu ! voici le boute-selle
    Il disparut dans un tournant
    Et mourut là-bas tandis qu'elle
    Riait au destin surprenant


    J'ai un faible pour celui-ci

    Germaine Tailleferre le mit en musique le jour de la mort de Francis Poulenc. Apollaire qui fut leur ami...

    Posté par PPle Moqueur, 04 avril 2009 à 00:17
  • De quel recueil vient ce poeme: l'adieu du cavalier de G.appolinaire ?

    Posté par firfan, 08 mai 2010 à 12:34

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