09 septembre 2009
retenues, adj. fem.
Retenues dans leurs écoles... trois enseignantes qui sont déjà touchées dans leur travail par la suppression d'une classe sont retenues dans leur école par des parents... les parents des élèves qu'elles font travailler... il faudrait peut-être arrêter de se moquer du monde... En est on arrivé à une telle méconnaissance de notre système éducatif pour croire que ce sont elles qui cherchent la fermeture de cette classe ou bien a-t-on oublié que ces femmes ne sont pas que des objets de ce même système. L'education Nationale se fout vraiment de la gueule du monde et ne bronche pas alors que les conditions d'enseignement sont ridicules... moi qui vous écrit je suis "payée à rien foutre" car remplaçante et pour l'instant sans classe, sans élève, pendant ce temps mon lycée de rattachement attend le recrutement d'un vacataire (étudiant sûrement) pour que les cours de français de BTS commencent...
Il y a des jours comme ça où la révolte inneficace est reine.
31 mai 2009
ingénue, subst. fem.
L'ingénue (qui ne veut pas dire ingénieur) est cette jeune fille délicieusement tarte mais séduisante que la littérature a érigé en type. A la suite de la lecture de Nana suivi de Effi Briest, je peux affirmer que l'ingénue me casse sérieusement les pieds. Ingénu a longtemps eu le sens de Naïf, mais l'étymologie du mot exprime celui "qui a une condition libre". L'ingénue est en effet spontanée, s'écartant des normes sociales : Nana par la prostitution "mondaine", Effi par une spontanéité sans égale.
Lolita de Nabokov exprime un autre trait de l'ingénue : sa sexualité dangereuse. Ce n'est pas dans l'acte qu'elle se distingue mais comme dirait Zola dans le désir émanant de son sexe. Elle est la femme, celle qui fascine tant par sa beauté que par sa naïveté.
L'ingénue c'est un peu notre blonde moderne (pardon pour les blondes). Elle est aussi appelée nymphette depuis Nabokov ou encore Lolita. En littérature le dix-neuvième nous a offert un beau lot d'ingénues : souvent des personnages secondaires d'ailleurs tant dans les romans de Flaubert ou de Balzac.
L'ingénu est une espèce bien représentée aussi : loin de Voltaire et de ses Candide et Ingénu au 19eme on trouve quantité de jeunes hommes naïfs. Puisque l'ingénu homme n'a pas cette dimension sexuelle (il est la proie de la sexualité justement) c'est un personnage souvent franc, et amoureux. Et combien de Frédéric, de Georges (appellé d'ailleurs zizi par Nana dans le roman du même nom), de Félix de Vandoeuvres trouvons-nous chez les réalistes ou les naturalistes.
Il faut bien des proies pour ces cruches d'ingénues.
26 mai 2009
lassitude, subst. fem.
On en est tous là. Les élèves comme moi. Une sorte de langueur nous prend et va s'étendre lentement jusqu'à la mi-juin. Les forces disparaissent comme mangées par la chaleur : était-ce judicieux d'étudier la lente et longue épidémie de Peste d'Oran en ce mois de mai? Je ne crois pas, mais ça n'aura pas été la seule erreur de l'année. Les élèves sont comme les mouches au-dessus des cadavres putréfiés. Les conseils de discipline ponctuent quand même ce long mois d'errement.
19 mai 2009
Prisme, subst. masc.
"Un rayon de lumière blanche, en traversant un prisme transparent, se décompose en une infinité de couleurs"
Pierre-Simon Laplace, Exposition du système du monde
17 mai 2009
Percy Bysshe Shelley, poète anglais
Percy Bysshe Shelley 1792-1822
Percy a eu une vie courte et bien remplie : 30 ans tout juste. Il naît dans cette angleterre romantique de la grande époque, au milieu d'une génération de poètes formidables : Byron, Keats, Southey ... et en devient l'emblême incontournable. Percy Bysshe a une enfance tranquille et aisée, au collège d'Eton ses études révèlent un très bon élève. Mais Percy est aussi beau (les rares images léguées de lui ne le prouvent pas vraiment mais bon), frêle, chétif et extrêmement sensible : c'est un romantique. Dès 16 ans il écrit des romans inspirés des romans gothiques de Radcliff, s'entraîne à la chimie, lit Lucrèce en latin peut-être pour oublier que ses camarades l'appellent "Shelley le fou" ou peut-être pour qu'ils continuent : en s'intéressant à l'occultisme il gagne le nouveau surnom de "Shelley l'athée" ce qui à l'époque n'était pas mignon-mignon.
Shelley aurait pu être ce premier de la classe raillé : lunettes et bretelles sur pantalon en velours, geek de l'époque victorienne : modèle pour le roman de sa future femme Mary Shelley : Frankenstein, mais Percy a autre chose dans le sang : c'est un anticonformiste.
Shelley est amoureux de sa cousine, Harriet Grove, passion jamais consommée mais qui lui inspira de nombreux vers. Ces dans ses années universitaires à Oxford que Percy s'engage dans une vie qui fait de lui le hippie des victoriens. Dès 1811, à 19 ans, il publie un pamphlet : De la nécessité de l'athéisme ou Réfutation du déisme : il y va fort le Bysshe et d'ailleurs les emperruqués d'Oxford n'aiment pas et ils le virent. A partir de là, l'existence de Shelley devient révoltée, il va peu à peu s'éloigner des conventions sociales de l'époque.
A commencer par sa vie amoureuse : il rencontre une gamine de 16 ans Harriet Westbrook et ni une ni deux l'enlève, décolle pour Edimbourg comme dans un roman et l'époouse. Nous sommes toujours en 1811 et il invite son collègue d'Oxford et coauteur du pamphlet : Thomas Hogg. Percy croit à l'amour libre, il propose donc le gîte, le couvert et sa femme à Hogg. La fillette n'est pas vraiment de cet avis. Le couple déménage donc et Percy se consacre à l'écriture. Mais le couple se délite et en 1814 Percy rencontre Mary Goodwin qui deviendra Shelley plus tard : il l'aime et puisque ses tentatives politiques ont échoué (il proposait un mode de vie libertaire, végétarien et communautaire, autant dire que les emperruqués n'ont pas adhéré à ça non plus) il l'enlève elle aussi, un peu. Recherché pour ses idées il court à droite et à gauche du Royaume-Uni et publie un recueil de poèmes : Queen Mab.
Oh! not the visioned poet in his dreams,
When silvery clouds float through the wildered brain,
When every sight of lovely, wild and grand
Astonishes, enraptures, elevates,
When fancy at a glance combines
The wondrous and the beautiful,--
Percy voyage alors et laisse ses amours en Angleterre : la France et la Suisse lui apporte une découverte de la nature qui le marque et en grand romantique il se dit que l'homme et la nature doivent s'entendre. Il retourne malgré tout en Angleterre et retrouve Harriet enceinte, ... et retrouve Mary enceinte : il embarque son petit monde dans la forêt de Windsor rejoint par Byron et sa femme,... enceinte. Au milieu de ces gros bidons il fait du canot, mange de la viande, compose avec ses potes poètes, écoute les femmes jouer de la guitare : une vie en communauté libre. Mais ça se gâte quand Harriet (qui reste sa femme) accouche : papa Shelley, petit baron se fâche tout rouge et rapatrié Harriet et le bébé. Percy embarque de nouveau Mary et la maîtresse de Byron en Suisse cette fois. Nous sommes en 1815 : la plus belle période de la vie de Shelley. Ca ne dure pas : Harriet laissée à Londres se noie enceinte : suicide ? Shelley est loin et en profite du coup pour épouser Mary Goodwin. Clara, la nana de Byron est toujours là. C'est dans ces circonstances qu'il écrit La révolte de l'Islam son chef d'oeuvre pour beaucoup.
Comme il est interdit de séjour désormais en Angleterre il s'installe pour finir en Italie, rejoint Byron, lui rend femme et enfant, et fait un peu de tourisme. C'est un moment de grande création : il publie notamment Prométhée délivré et L'ode au vent d'ouest (vers 1818) :
Toi qui dans le déchirement du ciel vertical, emportes
comme les feuilles pourries de la terre les nuages défaits
Arrachées aux branches mêlées du Ciel et de l'Océan. lire la suite ici.
En 1821 Keats meure, Shelley compose Adonaïs et s'installe enfin avec Mary : il est pris d'une folie créatrice et intellectuelle. Il traduit, il écrit, il aide Mary pour son Frankenstein et papillone aussi. En 1822 il décide de naviguer et construit un voilier avec un pote, fondu de Shakespeare il l'appelle Ariel : du nom de l'esprit forcé de servir Prospero dans La Tempête. Ils partent un jour d'été mais deux heures après ils font naufrage, pris dans une tempête et leurs corps sont rejetés sur la plage dix jours après : vie romanesque et mort romanesque, incarnation du Romantisme par sa vie et ses idéaux, Percy Bysshe Shelley reste la référence du romantisme anglais par une oeuvre variée (tous les genres) et des idées étrangement modernes. Marx l'aimait beaucoup.
Son corps est brûlé sur la plage et ses cendres reposent à Rome.
"Pour l'amour et la beauté et le bonheur il n'y a ni mort ni changement.»
Mary et Percy : monument de Weekes
15 mai 2009
lecture, subst. fem.
La lecture n'est plus un passe-temps, elle disparaît au profit de la communication. Pourtant, un livre communique, c'est l'auteur qui nous parle de nous, de lui, du monde. J'ai bien tenté de dire ça à mes secondes, ils ont ri. Du coup je pense sérieusement placarder sur la porte de ma salle de cours cette citation de Montaigne : "une heure de lecture est un remède contre tous les dégoût du monde". Enfin, pour ça il faudrait que j'ai une salle attitrée, et puis un bahut attitré aussi...
Descartes rappelle que " la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec tous les honnêtes gens du passé" dont il fait partie aujourd'hui. Passer une heure en compagnie de Diderot est toujours instructif, c'est le petit rigolo de la bande, qui sait être sérieux quand il faut, Rousseau c'est l'ami geignard mais qui nous rassure : il semble nous dire "vas-y plains toi ! Ca fait du bien!". Voltaire lui c'est le fort en géopolitique qui arrive toujours à vous faire voir les choses sous un autre angle tandis que Sade c'est la copine avec qui on parle de cul. "la lecture est une amitié" c'est Proust qui le dit et quel plaisir de prendre le thé avec lui.
Daniel Pennac a donné les dix droits du lecteur :
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.
à distribuer aux élèves en début d'année ou à faire lire dans Comme un roman ce qui permet une mise en abyme phénoménale de leurs pratiques de lecteur.
Alors quoi, pour leur faire changer d'avis, chaque cours va commencer par un extrait lu ...
Marchera, marchera pas, lire ce n'est pas que lire pour soi, quand c'est lire pour les autres ça marche aussi !
14 mai 2009
Rumeurs, subst. fem.
Je suis en plein dilemme : agregation ou cours de yoga ?
Vais-je me relancer dans le concours ? Ou irai-je plutôt me détendre avec des mamies en collant fluo ? Au vu du programme, les mamies paraissent plus sympathique qu'une année de torture pour à peine être admissible, voici les réjouissances présumées puisque le BO n'est toujours pas paru mais que certains ont l'oreille fine:
Entrée : Moyen-Age et XVIème : Chrétien de Troyes Erec et Enide et Ronsard Discours sur les misères de ce temps... (joie !)
Hors-d'oeuvre : XVIIè et XVIIIè : Fénelon, Télémaque Marivaux La dispute, la second surprise de l'amour
Menu (gros gros menu) : XIXè Rimbaud (oui, oui) Les poésies ( aïe !)
Fromage ( ça commence à être dur à avaler) : Genet Le balcon et Les bonnes
Dessert : reconduite du programme 2009 destinées féminines dans le naturalisme européen
Zola, Nana, Fontane Effi Briest , Thomas Hardy Tess d'Uberville
Pousse-café (bien corsé siouplait) : L'épique poétique au XXème
Nazim Hikmet, Paysages humains, Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, Pablo Neruda, Chant général, Anna Akhmatova, Requiem
De la joie et du bonheur... allez je me lance, mais je crois que c'est juste pour rire.
en attendant confirmation
félicitations, subst. fem.
Et oui, un pas de fait !!! Bravo François ! Courage pour la suite...
09 mai 2009
Tristan Corbière
Tristan Corbière 1845-1875
Tristan Corbière a vécu trente ans. Trente années qui n'ont produit qu'une oeuvre Les amour jaunes mais trente années qui lui ont suffit pour accéder à la postérité. Son existence miséreuse ne lui apporta pas la gloire, c'est Verlaine qui le fit puis les surréalistes.
Corbière est donc né en 1845 d'un père de plus de 50 ans et d'une mère de 19, dans la Bretagne des alentours de Morlaix, près de la mer tumultueuse que j'aime tant. Lui aussi. A 14 ans il aimerait être marin mais il est envoyé à Nantes pour ses études et manque de pot, dès ce jeune âge il ressent les premières douleurs de la tuberculose. Envoyé à Roscoff "la Nice du Nord" (ah ! ah!) il est condamné à regarder la mer par les fenêtres. Dans cette solitude il compose des poèmes, ceux qui formeront le recueil des Amours jaunes.
Toujours aussi malade, au sortir de l'adolescence, Corbière se fait appeller Tristan (Triste En Corps Bière) prénom qui convient mieux à sa destinée, il n'est toujours pas guéri de sa "coqueluche pour la mateluche" et puisqu'il est laid (il s'appelle "le crapaud") il se déguise poour écumer les bars de marins, une pipe, un chapeau et invente des récits de naufrage pour épater les donzelles.
La Bretagne est à la mode chez les peintres et les auteurs : Gauguin, Flaubert, ... tous font le détour par Pont-Aven et le Finistère, se liant d'amitié avec ces bohèmes artistes Corbière fait encore le show et les parisiens l'adorent. "coloriste mais blême" il part sur les routes avec Jean-Louis Hamon, à Capri où il se mêle à d'autres peintres exerçant lui-même le croquis.
(cf. à droite) De retour à Roscoff Tristan rencontre celle qu'il surnomme sa "cigale" une actrice d'origine italienne, Armida qu'il appellera Marcelle, vraiment la plus belle maîtresse d'un de ces amis. Il emmène sa douce voguer un peu mais à son départ, le prénom qu'il s'est choisi prend tout son sens : inspiré par Tristan de Loonois fou de son Yseult il s'enferme et rédige un poème d'amour qu'il déchire au matin... grande tragédie ou grande comédie, on ne sait jamais avec Corbière qui raconte cet épisode dans le poème Le poète contumace .
Mais dans ce trou qu'est Roscoff au milieu du XIXème siècle, les poètes ne font que passer, ainsi Tristan s'en va à Paris, essayant de devenir dandy. Mais l'ami de Marcelle est toujours là, Tristan tient donc la chandelle à Paris comme à Douarnenez où il emmène promener Madame et Monsieur. Un peu lassé d'être la troisième roue du vélocipède Tristan découvre les joies de Montmartre lui qui habite Boulevard Clichy, il se délasse donc d'une existance légère tandis que Marcelle est avec Monsieur. La poésie revient au premier plan : puisque les Amours sont catastrophiques, les Amours jaunes paraissent en 1873, à compte d'auteur, payé par papa Corbière. Un tout petit succès pour le recueil. Ce n'est qu'en 1883 que Verlaine s'enflammant pour ce "poète maudit" comme il les aimait tant amènera le recueil a être republié. Mais nous allons voir que cela n'affectera pas Tristan.
Ce qui l'affecte en 1875 c'est la maladie, malgré le petit succès, malgré Marcelle qui enfin accoure à son chevet Tristan a la désagréable sensation d'avoir craché sur sa poésie et son amour dans ses poèmes : car maintenant qu'il est populaire, à quoi sert-il d'être amer ? D'autant qu'il meurt et qu'il plaisante même d'être emmené chez le Dr Dubois "celui dont on fait les cercueils" et il devient ce "petit mort pour rire" en mars 1875.
"Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort — Les bourgeois sont bêtes —
Va vite, léger peigneur de comètes !" Petit mort pour rire
07 mai 2009
beatnik, subst. masc.
La littérature américaine connaît son heure de gloire : de nombreux romans paraissent ces derniers temps ou sont redécouverts, ils forment le nouveau pôle d'attraction littéraire de cette dernière décennie. La "beat generation" avait déjà eu son petit effet dans les années 50-60 en mettant sur le devant de la scène des auteurs tels que Kerouac, Ginsberg ou Burroughs...
"Beat" avait à cette époque un sens assez éloigné du Beat des Beatles, ce n'est plus le rythme que le mot représente mais dans l'argot de New York des années 50 c'est "usé" que signifie ce terme. En fait, le mot vient de plus loin encore puisqu'au XIXème siècle un beat est un vagabond, celui qui traverse le pays en errant de train en train, celui qui voyage insolemment par les trains de marchandise. Le beatnik c'est donc ce marginal des fifties qui tourne le dos à l'american way of life et qui s'use sur la route. Le mot beatnik est d'ailleurs consrtuit sur le mot Spoutnik, satellite russe, rappellant ainsi que ces chevelus on the roadn'étaient rien d'autre que des ennemies de l'amerique bien pensante des années 50 soit des communistes !
Communistes ou non ce n'est pas l'engagement politique qui est le réel propos des auteurs Beat, ils mettent en mots leurs aventures qu'elles soient terrestres ou artificielles. Drogues, alcool, évasion chamanique par le voyage, les beats expérimentent et mettent en mots sans autre souci que le partage de sensations, ils privilégient les formes spontanées, voir l'écriture automatique sans être des surréalistes ricains.
Sur la route reste le roman-phare de ce mouvement littéraire mais aussi social. Kerouac y illustre ce refus du monde en changement qui caractérise les auteurs du mouvement, il nomme d'ailleurs ses textes en prose "aventures narratives". Contrairement à ce que l'on pourrait penser Kerouac a une vraie réfléxion sur son écriture, cela lui valut d'ailleurs une critique acerbe de Truman Capote qui avec son Breakfast at Tiffany's ne vivait clairement pas dans le même monde : "les textes de Kerouac sont tapés et non écrits".
Sur la route est un livre culte, sa rédaction en elle-même fait l'objet de tous les fantasmes : écrit en trois semaines sur un rouleau de papier de trente-six mètres de long, Kerouac n'y aurait apporté aucune retouche... mais il lui fallut six ans de corrections et de retouche sur le manuscrit pour qu'un éditeur trouve enfin le texte compréhensible. L'histoire est celle de Sal Paradise et de Dean Moriarty sur la route. Coppola en détient pour l'instant les droits et le film serait en pré-production, mais Sean Penn l'a presque déjà fait avec Into the Wild qui retranscrit le sentiment privilégié des auteurs de la beat generation ainsi que ses limites : la liberté.
"les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout en un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler"
A lire : Sur la route de Kerouac mais aussi le poème America de Allan Ginsberg, a voir : Into the wild de Sean Penn
01 mai 2009
John Kennedy Toole
JOHN KENNEDY TOOLE 1937- 1969

Pour inaugurer cette section des "poètes maudits", nous avons un maudit de choix : John Kennedy Toole auteur de deux romans : La conjuration des Imbéciles ( A confederacy of Dunces) et La bible de Néon (The Neon Bible) les deux édités chez 10/18. La bible de Néon est un texte de jeunesse qui é été réédité grâce au succès posthume et tardif de La conjuration des Imbéciles.
J. K. Toole n'a pas connu la gloire : originaire de La Nouvelle Orléans, ville de tous les possibles dans son roman, il devient professeur tout en s'adonnant à sa passion de l'écriture. Il part pour Porto-Rico effectuer son service en 1961, et termine son roman. C'est là que les choses se gâtent. Fier de lui, à juste titre, Toole considère son roman comme un chef d'oeuvre. Cependant, aucune maison d'édition ne semble partager son avis, il y insère donc cette épigramme de J. Swift le maître de l'humour noir : "Quand un vrai génie apparaît dans ce bas monde, on le peut reconaîttre à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui". Cette pique vaut tant pour l'auteur que pour le personnage principal Ignatius Reilly, gros fils à sa maman, génie incompris de ce monde et soumis aux facéties de son "anneau": un gros fouteur de merde rabelaisien pris dans la roue de la fortune du de consolatione de Boèce. Reilly est lent, fainéant, associal, tyrannique, extrêmement cultivé mais finit tout de même par devenir vendeur de hot dogs et tente même de créer le premier parti politique gay des Etats-Unis...
Toole quant à lui n'accomplit rien de tout cela, la conspiration qui semble se liguer contre son génie le pousse à 32 ans à se suicider dans sa voiture en reliant le pot d'échappement à l'intérieur de la caisse, dans le garage de ses parents.
Mort, Toole passe le relais à sa mère qui inlassablement tente d'éditer l'oeuvre de feu son fils, elle contacte les éditeurs, harcèle les auteurs et finit par être reçue par Walker Percy, auteur majeur du Sud des USA aux côtés de Faulkner. Celui-ci raconte dans la préface du roman qu'il a bien voulu ouvrir le manuscrit du fait de l'obstination de la mère Toole. cette lecture l'épate et il soumet à ses éditeurs le roman, avec succès. Le roman est donc finalement édité en 1980, et c'est là que débute l'ironie : le roman est un immense succès, il se vend à 1, 5 million d'exemplaires et est traduit dans dix-huit langues. Toole avait vu juste et son chef d'oeuvre est récompensé en 1981 par un Prix Pulitzer posthume. La roue de la fortune qui hante Ignatius s'étant mis en branle et venant à démentir la phrase de Swift, le roman devient même un livre culte comme le montre les articles consacrés sur le net. Ignatius s'incarne désormais dans La Nouvelle-Orélans face au magasin où débute le roman ( voir ici) . Le personnage semble même faire partie du folklore local et est souvent représenté comme le serait notre Pantagruel.
La jouissance de la lecture de La conjuration des imbéciles provient de cette ironie du sort mais aussi de la réelle qualité d'écriture du roman ( inventions verbales, multiplication des points de vue, insertion de lettres, jeux de mots) notamment dans la construction des personnages. Santa, Myrna, Ignatius ou Mme Reilly tous sont très vite définis presque caricaturés et leurs interventions sont toujours un régal tant Toole maîtrise le mimétisme avec la langue parlée. Chaque personnage a son propre langage, ce qui crée évidemment des tensions entre Ignatius et d'autres mais cela permet aussi à l'auteur de constituer une galerie de presonnages truculents de La Nouvelle-Orléans. Le roman est ainsi riche en rebondissements comme en style, surprenant, captivant et peu de pages laissent de marbre tant la dimension grotesque du personnage d' Ignatius est poussée.
La conjuration des imbéciles est diponble chez 10/18 pour une somme modique et je ne connais personne l'ayant lu et détesté.
13 avril 2009
Fresque, subst. fem.
Où sont passées les grandes fresques littéraires et sociales ? (non pas qu'elles me manquent ...) Zola et Balzac ont-ils créé un monstre retombé dans l'oubli ? Le rêve de classifier la société existe pourtant encore, peut-être même plus qu'avant. Aujourd'hui on catégorise ceux qui ont une rolex à 50 ans et ceux qui n'en ont pas, les métro-sexuels, les übersexuels, les homosexuels, mais aussi les geeks, les otakus, les chalalas, les roots, les hippies, ... bien plus de classes étiquettées qu'avant et aucun romancier pour mettre ça en mots.
Peut-être qu'il n'y en a pas la matière, d'ailleurs ? Ou peut-être qu'à force de rechercher un sujet on passe à côté de celui du moment. La déconstruction du roman des années 60 à fait son oeuvre... mais peut-être aura-t-on un jour une nouvelle Comédie Humaine?
12 avril 2009
mort, subst. fem.
Elle vous prend toujours par surprise et comme dans les romans "lorsque le téléphone sonna et que j'entendis sa voix, je sus que quelquechose était arrivé"...
En ce moment, lecture de La conjuration des imbéciles de Toole : bientôt un message sur cet écrivain maudit.
07 avril 2009
Musique, subst. fem.
"De la musique avant toute chose" disait Verlaine. La littérature et la musique sont souvent liées, la faute à la poésie d'abord qui est une musique. Mais chaque oeuvre porte sa petite musique à l'image de La Recherche du temps perdu . Phèdre est un requiem de Mozart, les poèmes de Baudelaire me font penser à un jazz lourd. Peu d'oeuvres évoquent une musique joyeuse : 1969 de Murakami, c'est Paint in black des Stones, Alphonse Allais m'évoque un bon vieux rythme entrainant à la trompette, disons Vincent Malone qui reprend la musique de France Telecom (écouter The Ultimate roi de la trompette) alors que Madame Bovary me fait penser à un air tellement mièvre qu'il en devient ridicule : Richard Clayderman par exemple.
Chaque roman ou poème sa chanson ou son instrument : Marivaux, une flûte traversière, Homère, Efuge de Stelios Kazantsidis, Hugo est un orchestre philharmonique à lui tout seul, Diderot c'est l'album Sergent Pepper, Paul Auster est la trompette de Eric Truffaz, Aragon, ... un triangle ? (désolée Cécile !) Voltaire est un duo contrebasse-piano, Stendhal à la musicalité d'une washboard, Verlaine c'est le carillon au loin dans la campagne, Michaux The end des Doors. Le livre que je préfère écouter reste tout de même Une saison en enfer de Rimbaud qui a le côté rugueux des Sex Pistols et en même temps la mélodie de Janis Japlin.
"la musique est dans tout. Unhymne sort du monde" disait l'orchestre philharmonique, c'est bien vrai et c'est bon.
03 avril 2009
Apollinaire, aut. polonais puis français
Le nom originel de Guillaume Apollinaire en impose bien plus que son pseudonyme : Wilhem Albert WlodzimierzWlodzimierz ApollinarisApollinaris Was-KostrowickiWas-Kostrowicki. En société ça fait son effet. Le visage que l'on conserve de l'homme semble plutôt jovial, un air débonnaire plus proche de Bourvil que du triste ladre Baudelaire. Pourtant la vie de Guillaume n'a pas toujours été souriante : cet homme n'a pas eu de bol ou bien s'est plu à nous le faire croire.
Né de père inconnu à Rome, fils d"une noble polonaise en déroute, Apollinaire passe son enfance à Nice. En 1899 il passe l'été à Stavelot : il y rencontre Marie qu'il immortalisera dans ces contes de L'Hérésiarque et Cie. Mais Guillaume n'est pas un tombeur et Marie en préfère un autre. Ce voyage se clôt sur une fuite, Apollinaire et son frère n'ont pas de quoi payer et se sauvent de l'hôtel. Bien moins glorieux qu'un Rimbaud.
Alors que Apollinaire commence et s'acharnera à écrire des romans "érotiques" ( en 1900, Mirely ou le petit trou pas cher, la qualité du roman est à l'image du titre...) il part comme précepteur en Allemagne : là-bas il rencontre Annie Playden l'anglaise qui elle non plus ne cèdera pas aux avances de notre "Apollon". Un peu frustré, il rédige La chanson du mal-aimé après avoir tenté de suivre son amour en Angleterre... sans succès. Et quand Apollinaire est repoussé, il a la fâcheuse tendance d'en jeter plein la gueule aux jeunes femmes en question : Au tournant d'une rue brûlant/ De tous les feux de ses façades/ Plaies du brouillard sanguinolent/ Où se lamentaient les façades / Une femme lui ressemblant / / C'était son regard d'inhumaine/ La cicatrice à son cou nu / Sortit saoule d'une taverne / Au moment où je reconnus / La fausseté de l'amour même" (La chanson du Mal-aimé, première partie) Prends ça dans les dents Annie. Mais bonne pâte, notre bonhomme se rattrape dans le poème Annie, toujours dans Alcools où il imagine sa douce aux USA. (à lire ici )
Mais comme le dit l'épigramme de La Chanson : "d'un beau Phénix s'il meurt un soir / Le matin voit sa renaissance". A cette époque Guillaume s'entoure d'amis pour lui taper sur l'épaule : Picasso , Braque, Derain, VlaminckVlaminck, le Douanier Rousseau ... et en 1907 rencontre Marie Laurencin. Mais la poisse le suit : en 1911 il est emprisonné à tort à la prison de la Santé pour le vol de statuettes au Louvre, c'est en fait un de ses amis le coupable. Mais Guillaume, toujours prêt à compatir avec lui-même nous livre une section de six poèmes A la Santé sur sa dure expérience de la prison qui rappelons-lerappelons-le dura... une semaine. extrait :
" Avant d'entrer dans ma cellule / Il a fallu me mettre nu / Et quelle voix sinistre ulule / Guillaume qu'es-tu devenu
Le Lazare entrant dans la tombe / Au lieu d'en sortir comme il fit / Adieu adieu chantante ronde / O mes années ô jeunes filles »
Adieu jeunes filles ! En effet, l'année suivante Marie Laurencin le quitte. Pendant la guerre il sera le jouet de Lou ( Louise Chatillon de Coligny) et décrira le ménage à trois de la jeune femme qui hésite entre Toutou et Guillaume, d' où Les poèmes à Lou , peut-être son meilleur recueil. Apollinaire se complaît et se plaint un moment de cette relation avant de rencontrer dans un train Madeleine la corse qu'il veut épouser et puis non. Enfin, en été 1918 il rencontre La jolie rousse Jacqueline. C'est enfin l'amour mais manque de pot, après s'être pris un obus dans la tête (sa Minerve étoilée) il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, juste après son mariage et deux jours avant l'armistice de la guerre qu'il avait décrit dans Calligrammes.
Sur sa tombe on peut lire :
Habituez vous comme moi
- A ces prodiges que j’annonce
- A la bonté qui va régner
- A la souffrance que j’endure
- Et vous connaîtrez l’avenir
Un encouragement pour tous les poisseux poètes
.

01 avril 2009
Farce, subst. fem.
Malgré ma déception de n'en avoir pas été l'objet aujourd'hui (mes élèves n'ont même plus le goût de la farce), je me penche aujourd'hui sur ce qui désigne en littérature une pièce de théâtre bouffone et grotesque au comique souvent grossier. Et si on veut jouer sur les mots la farce de notre dinde et celle de la littérature sont originellement la même chose : la Farce au départ c'est ce qui vient "farcir" les liturgies théâtrales du Moyen-Age (appellés mystères), sous forme d'intermèdes comiques parce que les curetons l'avaient compris à cette époque la religion est bien plus drôle quand on rigole.
La farce donc, est grasse et grosse et est censée faire rire, la plupart du temps en éduquant un peu puisque c'est souvent ainsi que nos auteurs souhaitent nous faire nous gausser. Exemple typique de la farce selon Cocteau : Le bourgeois gentilomme de Molière. La commedia dell arte d'avant Marivaux, le théâtre de foire, tout cela fait rire en suivant les instincts les plus bas, coups de pieds ( ou d'autre organe moins dicible) dans le derrière, coups de vin dans le nez, coups tout court...
Mais, au fur et à mesure du temps et dans le sombre tunnel du dix-neuvième siècle la farce est devenu l'archétype du rire jaune. Mélancolie ou désillusions, Flaubert ou Rimbaud nous rappellent à la triste et vaine réalité : "Voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir. Rions pour ne pas pleurer." dixit Flaubert dans une lettre à Louise Collet de juillet 1852, en même temps c'était l'été et on a appris il y a peu que l'été n'était pas vraiment la saison de Gustave. Rimbaud dans une Saison en Enfer (l'été 1873 cette fois) y allait d'un joyeux : "La vie est une farce à mener par tous" ce qui montre une fois de plus que la vie n'est qu'une illusion qu'il faut jouer pour ne pas trop se désespérer, osons citer Shakespeare et son expression canonique : "Je tiens ce monde pour ce qu'il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle".
Allez n'oublions pas que "le rire est le propre de l'homme" comme le disait Rabelais. Si nous sommes forcés de jouer la comédie, il me semble que cela tombe plutôt bien.
30 mars 2009
merde, subst. masc.
Emmanché ! Fichtre ! Bordel ! Foutre-Dieu ! Sacrebleu ! Cornegidouille ! Putain ! Purée ! Bigre ! Bordel aqueux ! Branle mamouth ! Bougredieu ! Enfer et putréfaction ! Zut ! Crotte ! Saperlipopette ! Bougre de dieu ! Mercredi ! Tabernacle ! Brise-Burne ! Gluon ! Face de bidet ! Peigne-cul ! Klaxonné du palmier ! Corne de bouc ! et Merde !
Par une malencontreuse opération j'ai effacé mon message.
29 mars 2009
Rage, subst. fem.
Rage est un de ces mots que l'on utilise guère plus qu'en littérature dans son sens de "passion", tout comme fureur et ire, ces mots ne sont plus que des ornements du langage ou ont pris un autre sens ex: "J'ai trop la rage".
Hier en regardant la match de l'équipe de France j'ai entendu le mot "soupirail" et je me suis vue, seule, face à 32 jeunes gens essayant de leur expliquer ce mot : une fenêtre pratiquée dans une cave. Pourquoi "soupir-ail"? l'endroit où l'on exhale, où on soupire. Certains mots disparraissent "tintinabuler" ne survit que dans un chant de noël tandis que "bicycliste" s'est évaporé.
Mais 2009 nous apporte son lot de mots nouveaux à commencer pa "blogosphère" qui entre dans le dictionnaire ainsi que "baladodiffusion" qui vaut bien soupirail. La tendance est au sexe avec "partouze", "sexe-ratio", "sexe-appeal", une floppée de mots d'actualité : "ecoparticipation", "gratuiciel", "antiémeute", "sticker", "pixeliser" et enfin sachons tous que "se murger" vient d'entrer dans le dictionnaire, je suppose qu'il faut fêter ça !

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28 mars 2009
Souvenir, subst. masc.
La littérature est toute prête à nous ramener des souvenirs à la gueule, pour moi il y a trois bouquins qui ne peuvent être lus sans ramener des fantômes du passé et pas toujours les plus agréables : Les Chimères de Nerval, Miso soup de Murakami et Le roi lune d'Apollinaire: que ce soit à 15, 17 ou 20 ans, certaines lectures vous marquent ou plutôt cristallisent des évènements et vous empêchent même parfois de retoucher un livre. C'est peut-être Hugo qui m'analysera le mieux dans Les contemplations : "comme le souvenir est voisin du remord !". Bref, passons.
"Ecrire, c'est se souvenir, Lire, c'est se souvenir", c'est Mauriac qui nous dit ça, ça tombe mal pour lui car le seul souvenir que je garde de ses Mémoires c'est la photo de couverture qui me remémore Mitterand. Mais il y a des lectures qui incitent au souvenir : Proust évidemment dont je ne peux lire trois pages sans me rappeler à mon tour de mon enfance : les poules au fond du jardin et le chemin du coteau. Quand je lis ou relis un extrait de Zola, c'est la chaleur écrasante de ma chambre qui me revient, alors que la lecture de René ne me fait penser qu'aux heures de bûches du Capes. Parfois, c'est aussi un souvenir inventé qui me revient, ressentir les pages d'un livre comme si ses évènements vous étaient réellement arrivés : Les filles du feu de Nerval ou pire Une saison en enfer de Rimbaud.
Les livres de souvenir sont souvent captivants, mais leur lecture est parfois éprouvante, entrer dans les souvenirs des autres créent forcément des souvenirs et c'est un peu, lorsque un auteur partage ses souvenirs, comme si ils devenaient nôtres. Le flâneur des deux rives, Apollinaire, livre un peu pédant mais léger comme une péniche sur la Seine, les vieilles collections des écrivains "par lui-même" (Editions Ecrivains de toujours) ou encore les correspondances : autant de moments de littérature à moitié qui nous replongent dans le passé d'un autre, tout comme dans le nôtre.
Dans Fictions il y a cette phrase de Borgès qui clôt le débat et rappelle que tout cela n'est que fiction, souvenir, création, lecture, espoir, que nos souvenirs ne sont que la matière de réactions chimiques : "Le présent est indéfini, le futur n'a de réalité qu'en tant qu'espoir présent, le passé n'a de réalité qu'en tant que souvenir présent". Peut-être une bonne illustration du roman La modification de Butor.

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26 mars 2009
Comique, adj. ou subst. masc.
"Le comique est comme la musique : c'est une chose dont la beauté ne dure pas" affirmait Stendhal. Certaines oeuvres sont là pour nous le rappeler : qui se marre réellement encore en lisant L'amour médecin de Molière ? Pas les élèves en tous cas : ils ne rient pas non plus de L'île des esclaves et encore moins de Ubu Roi sauf quand il dit merdre. Alors pourquoi s'évertuer à leur faire comprendre le comique littéraire qui leur échappe ? Et puis, le rire est tellement subjectif : doit-on dire aux jeunes quand ils doivent rire ? Parce que leurs aînés ont ri là avant eux ? Ou bien est-ce parce que chaque fois que l'on étudie en classe le comique, on en montre la critique ? Pourquoi pas un vrai rire franc : le vaudeville voila un comique qui parle, qui se voit, qui s'entend... Même chose pour Rabelais : quel élève de cinquième rit réellement devant son manuel ?
Le rire et le comique sont bien sur palpables dès que on connaît l'époque, l'auteur, les conditions. D'autres textes sont risibles malgré eux: Chateaubriand l'est parfois, à force de trop de sérieux. Les très mauvais romans aussi.
Ce qui fait rire en littérature , je veux dire rire, pas sourire. Sauf pour mon homme qui se gausse très facilement, l'homme se bidonne rarement devant un livre. Si on réfléchit bien il y en a peu qui malgré les années ou les siècles ont encore ce pouvoir. Allais sûrement, Voltaire peut-être, Diderot parfois.
Les textes qui exaltent le comique par l'absurde ne m'ont jamais fait rire, la conception que le rire renvoit l'homme à sa situation misérable a très bien fonctionné sur moi dans Rhinocéros qui d'ailleurs disait que le comique "étant l'intuition de l'absurde, il [lui] semble plus désespérant que la tragédie"
Terminons ce débat stérile et insondable par ces paroles de Flaubert : "L'été est une saison qui se prête au comique. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Mais cela est."

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