Point trop n'en faut

dictionnaire égotique de littérature et textes... par Gaëlle. //

01 mai 2009

John Kennedy Toole

JOHN KENNEDY TOOLE 1937- 1969

Pour inaugurer cette section des "poètes maudits", nous avons un maudit de choix : John Kennedy Toole auteur de deux romans  : La conjuration des Imbéciles ( A confederacy of Dunces) et La bible de Néon  (The Neon Bible) les deux édités chez 10/18. La bible de Néon est un texte de jeunesse qui é été réédité grâce au succès posthume et tardif de La conjuration des Imbéciles.

J. K. Toole n'a pas connu la gloire : originaire de La Nouvelle Orléans, ville de tous les possibles dans son roman, il devient professeur tout en s'adonnant à sa passion de l'écriture. Il part pour Porto-Rico effectuer son service en 1961, et termine son roman. C'est là que les choses se gâtent. Fier de lui, à juste titre, Toole considère son roman comme un chef d'oeuvre. Cependant, aucune maison d'édition ne semble partager son avis, il y insère donc cette épigramme de J. Swift le maître de l'humour noir : "Quand un vrai génie apparaît dans ce bas monde, on le peut reconaîttre à ce signe que  les imbéciles sont tous ligués contre lui". Cette pique vaut tant pour l'auteur que pour le personnage principal Ignatius Reilly, gros fils à sa maman, génie incompris de ce  monde et soumis aux facéties de son "anneau": un gros fouteur de merde rabelaisien pris dans la roue de la fortune du de consolatione de Boèce. Reilly est lent, fainéant, associal, tyrannique, extrêmement cultivé mais finit tout de même par devenir vendeur de hot dogs et tente même de créer le premier parti politique gay des Etats-Unis...

Toole quant à lui n'accomplit rien de tout cela, la conspiration qui semble se liguer contre son génie le pousse à 32 ans à se suicider dans sa voiture en reliant le pot d'échappement à l'intérieur de la caisse, dans le garage de ses parents.

Mort, Toole passe le relais à sa mère qui inlassablement tente d'éditer l'oeuvre de feu son fils, elle contacte les éditeurs, harcèle les auteurs et finit par être reçue par Walker Percy, auteur majeur du Sud des USA aux côtés de Faulkner. Celui-ci raconte dans la préface du roman qu'il a bien voulu ouvrir le manuscrit du fait de l'obstination de la mère Toole. cette lecture l'épate et il soumet à ses éditeurs le roman, avec succès.  Le roman est donc finalement édité en 1980, et c'est là que débute l'ironie : le roman est un immense succès, il se vend à 1, 5 million d'exemplaires et est traduit dans dix-huit langues. Toole avait vu juste et son chef d'oeuvre est récompensé en 1981 par un Prix Pulitzer posthume. La roue de la fortune qui hante Ignatius s'étant mis en branle et venant à démentir la phrase de Swift, le roman devient même un livre culte comme le montre les articles consacrés sur le net. Ignatius s'incarne désormais dans La Nouvelle-Orélans face au magasin où débute le roman ( voir ici) . Le personnage semble même faire partie du folklore local et est souvent représenté comme le serait notre Pantagruel.

La jouissance de la lecture de La conjuration des imbéciles provient de cette ironie du sort mais aussi de la réelle qualité d'écriture du roman ( inventions verbales, multiplication des points de vue, insertion de lettres, jeux de mots) notamment dans la construction des personnages. Santa, Myrna, Ignatius ou Mme Reilly tous sont très vite définis presque caricaturés et leurs interventions sont toujours un régal tant Toole maîtrise le mimétisme avec la langue parlée. Chaque personnage a son propre langage, ce qui crée évidemment des tensions entre Ignatius et d'autres mais cela permet aussi à l'auteur de constituer une galerie de presonnages truculents de La Nouvelle-Orléans. Le roman est ainsi riche en rebondissements comme en style, surprenant,  captivant et peu de pages laissent de marbre tant la dimension grotesque du personnage d' Ignatius est poussée.

La conjuration des imbéciles  est diponble chez 10/18 pour une somme modique et je ne connais personne l'ayant lu et détesté.

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Posté par gaelleP à 12:23 - Les pouëts maudits - Commentaires [0] - Permalien [#]
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